Version imprimable LE MAKHILA ou MAKILA


Le Makhila est le bâton traditionnel basque. Bâton de marche du montagnard, canne élégante, c'est surtout une arme, une arme redoutable. Il symbolise l'âme du basque, une manière de vivre, de penser et, aujourd'hui, d'honorer quelqu'un en l'offrant. Pratique, équilibré, magnifique objet de décoration aussi, signe distinctif, rassurant compagnon de marche au même titre que le katana pour le samouraï, c'est un élément essentiel de la sensibilité basque.

  • Il est partout, traditionnellement derrière chaque porte de chambre dans toutes les maisons basques. J'en ai même vu accrochés derrière les portes de bergeries ou d'abris de montagne ouverts à tout vents et quasi abandonnés plusieurs mois par an. Personne ne les vole et pour cause : on ne doit jamais acquérir son Makhila, voler ou même simplement acheter, cela porte malheur. Il faut se le faire offrir.
  • Le makila est mentionné par le moine Aymeri Picaud dans son ouvrage Liber Peregrinationis en 1134.
  • Le Makhila est un bâton de néflier scarifié sur pied cachant une longue pointe (usage en bâton de berger mais pas seulement) en acier forgé dans sa poignée qui se dévisse et dont l'autre extrémité est lourdement plombée. Ajouté à la souplesse et la résistance du bois de néflier, c'est un véritable "casse tête".
  • En ces temps troublés où il était nécessaire d'être toujours sur la défensive, le basque se déplaçait avec le parapluie accroché dans le dos au col de sa veste pour avoir les mains libre, prêt à se battre, et le Makhila à la main ou caché dans la jambe du pantalon (car c'est une arme blanche théoriquement interdite de port).
  • Peut-être est-il né de la demande de pèlerins vers Saint Jacques de Compostelle d'avoir un bâton de marche bien équilibré, robuste, et qui servirait simultanément à les protéger des malandrins et bandits de grands chemins. En effet, le village de Laressore, où il est toujours fabriqué, se trouve sur une ancienne route de pèlerins vers St-Jacques.
  • La contrebande entre la France et l'Espagne ne s'est pas faite sans makhilas, et pas seulement pour traverser les éboulis rocheux et se protéger des serpents avec ce bâton.
  • Le Makhila n'est plus fabriqué que par trois familles dont la famille Ainciart Bergara, dans un petit village du Pays Basque, Laressore, pas loin d'Ustaritz où je louait des chevaux pour des randonnées dans le Pays basque. Espelette non plus n'est pas loin, avec ses piments en AOC.

  • Fabrication :
    La phase initiale consiste en la recherche, en forêt, de néfliers (Mespilus germanica). Cet arbuste d'environ 3 mètres donne un bois à pousse lente, très dense et à grains très fin qui sera pratiquement incassable tout en ayant une certaine souplesse et en prenant avec l'âge une magnifique patine. Les branches susceptibles de faire un beau fût de Makhila sont alors scarifiées (blessées) à la main à l'aide d'outils tranchants type scalpels et pointes. Ces blessures vont laisser des cicatrices en relief. Les "dessins", formes serpentiformes, pointillisme etc... sont peut-être symbolique, ce qui ne nous a pas été révélé. Bien entendu, lorsque j'ai demandé à voir ces néfliers sur pied, il m'a tout de suite été répondu que les coins étaient secrets (comme les coins à champignons).


  • Les scarifications ont lieu au printemps, en pleine sève, à des moments précis de la lunaison. Le néflier poursuit ensuite sa croissance et les prélèvements auront lieu au solstice d'hiver, en pleine dormance du bois dont la sève s'est retiré.
  • Les bois sont alors écorcés ce qui révèle les cicatrices des scarifications. Ils sont ensuite redressés à chaud, opération délicate requérant beaucoup de savoir-faire et d'expérience.

  • Les bois vont alors sécher plusieurs années (couramment 10 ans) puis ils sont teintés.
  • Commence enfin la phase d'assemblage des diverses pièces constituant le Makhila avec une recherche d'équilibre en main du bâton et d'harmonie, d'élégance, de l'objet. Chaque Makhila se voit confectionner des pièces sur mesure, entre autre en fonction de son diamètre, et il n'y a pas 2 Makhila identiques. Chaque Makhila est fait sur mesure pour la personne à qui on l'offre et il est donc nécessaire de connaître le poids et la taille de cette personne. La longueur du Makhila sera de la longueur du bras de celui qui le munipule (mais aujourd'hui une tendance à la normalisation autour de 90 cm de long se dessine).

  • La longue pointe en acier forgé est sertie à l'extrémité la plus fine (la mienne fait, par exemple, environ 12 cm de long), extrémité renforcée par un manchon (une douille) en laiton ajusté à chaud. La pointe est doté à sa base d'un filetage sur lequel se visse la poignée. La poignée est gainée de cuir tressé ce qui assure une excellente préhension même avec des mains moites ou mouillées ou boueuses ou sanguinolantes. Elle se termine par un pommeau en corne (de buffle d'Afrique). Certains Makhilas offerts à des personnalités (le Pape, des Présidents de Républiques etc...) reçoivent un pommeau d'argent ou d'or ou de cristal etc... et la poignée peut être de métal plus ou moins ouvragé (les gravures n'étant pas seulement décoratives mais participant à la préhension). Enfin une dragonne assure le Makhila au poignet.

  • Le bas du Makhila se termine par une férule forgée en "trèfle" qui permet une bonne accroche dans les chemins terreux ou caillouteux. Ce "trèfle" le plombe lourdement et en fait une "casse-tête". Cette extrémité est aussi renforcée par un manchon (une douille) ajusté à chaud, en laiton et gravé. Traditionnellement, le "trèfle" est enfoncé au travers d'une pièce de monnaie percée (symbole ou tout bêtement sens pratique ?) disposée entre la férule et la douille et qui termine et protège l'extrémité du fût.

  • Les différentes pièces métalliques (manchons, viroles...) sont, sur les makhilas de prestige, d'argent ou d'or.

  • La personnalisation se poursuit par la gravure d'une devise choisie par la personne qui offre le Makhila et qui sera traduite en basque (ou par la devise de la famille du futur propriétaire). Sur les pommeaux métalliques, il est possible de graver un chiffre ou un blason (armoiries).

Commentaires

Pour nos 35 ans de mariage,  ma petite épouse m'offre un makhila, j'en rêve depuis des années. Après avoir lu votre article l'attente va t'être encore plus longue car il ne sera prêt que pour le mois d'août. Comme vous le présenter, cette canne est vraiment un cadeau d'une grande richesse et de personnalité.Le mien a été choisi en maillechort et la poignée en cuir le pommeau est également en maillechort. Merçi de me faire rêver encore à 56 ans et d'attendre avec patience. Votre article est merveilleux. Très respectueusement Dominique

 


Rozec Dominique | Le Samedi 03/03/2007 à 19:23 | [^] | Répondre

le cadeau en hommage à mes deux étoiles

bonjour à tous,
Je viens de passer quelques jours au pays basque en famille comme chaque année. Nous connaissons tres bien cette région et ses 7 différentes provinces. Malgré que mes souches soient Toulousaine (et fier de l'être) j'ai une réelle passion de ce pays.
Cette année nous eumes la tres bonne initialtive de vistiter le cloitre de Bayonne ou se déroulai pendant quelques jours une exposition d'artisants d'art. C'est la que j'ai pus enfin discuter avec un exposant qui était tout simplement de la famille de AINCIART-BERGARA, artisant qui confectionne le MAKHILA sur la commune de LARRESORE. Mon sang a fait qu'un tour car curieux des ses explications sur le prodijieux baton et mes connaissance du Pays Basque, j'ai promis au protagoniste présent que nous allions visiter l'atelier de fabrication le landemain.
Arriver sur place un acceuil tres chaleureux nous a été offert et après une longue discution et explication complète mon épouse m'a tout simplement glisser à l'oreille qu'elle allait m'offrir un MAKHILA en l'honneur des deux formidable étoiles que nous avons, LOLA & SARAH.
Voila, nous sommes le Jeudi 13 Aout 2009, j'attend avec impatience mon MKHILA qui devrai arrivé au mois de Janvier l'année prochaine. 

 


fraresso | Le Jeudi 13/08/2009 à 14:22 | [^] | Répondre

Une petite rectification

Bonjour tout le monde,
Tout d'abord merci pour ce site élaboré avec passion et pour votre intérêt envers notre culture basque ! Un détail a tout de même capté mon attention : si de nos jours effectivement le makhila est généralement offert en signe d'honneur, en aucun cas le fait de se l'acheter n'est considéré comme portant malheur. En fait, traditionnellement il est soit offert aux adolescents comme marque de leur passage à l'âge adulte, soit acheté par son futur possesseur. Cela n'a rien de déshonorable : un makhila accompagne un homme toute sa vie, et porte la devise qu'il défend, le choisir soi-même relève tout simplement du bon sens !

 


cerrecar | Le Dimanche 31/01/2010 à 14:38 | [^] | Répondre

Re: Une petite rectification

 Bonsoir,  j'allais  justement dire  la  même chose  un Makhila  peut  parfaitement s'acheter  par  la  personne qui le désire  sans  pour cela  porter malheur bien au contraire :-)

 


james49 | Le Jeudi 09/02/2017 à 19:36 | [^] | Répondre

couteau

bonjour, trés bel article sur le makhila en effet, savez vous qu'un coutelier d'Oloron Sainte Marie, fabrique de superbes couteaux sur le modéle du Makhila ?
cela réuni vos deux passions

 


Marine | Le Dimanche 12/12/2010 à 13:34 | [^] | Répondre

knife

wellcome thanks Type AKM II est un modèle très rare dans les collections. Si vous possedez le livrele livre Baionnettes du Monde de Paul Kiesling elle est répertoriée au N° 506 , sinon sur l'Atlas de la Baionnette de Collection, pc toujours de Paul Kiesling, elle est répertoriée ABC22. Bien amicalement, un collectionneur de Baionnettes.

 


tong321 | Le Lundi 20/12/2010 à 10:32 | [^] | Répondre

beau site

Bonsoir,

J'ai déjà visité votre site en temps qu'amateur de couteaux de poche et possesseur d'un makhila d'honneur : en visitant mon blog vous saurez tout :

                                                     alainlegourmet

 Bonne route à tous!

 


alainlegourmet | Le Mercredi 26/01/2011 à 00:36 | [^] | Répondre
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